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Poesía francesa actual

Traducción de Laurent Bouisset y Erick González

Grégoire Damon

Vingt-cinq minutes

trois ans de carrière
dans une enseigne de restauration rapide très connue
depuis trois ans je me lève
en me demandant de combien de bœufs de poulets et de
porcs
je suis indirectement responsable de la mort
vingt-cinq minutes
c’est mon temps de trajet quotidien
vingt-cinq minutes de jambes
vingt-cinq minutes à me faire pousser des jambes dans la
tête
vingt-cinq minutes
c’est le temps d’un accouchement de poème au forceps
alors après vous pouvez bien me dire
un peu de compétitivité mon pote allez tu vieillis tu
deviens mou
vous pouvez bien me faire sentir aisselles à l’appui
qu’il devient difficile de faire la différence
entre les bœufs les poulets les porcs de l’holocauste
précité
et mon moi odeur corporelle
m’en fous j’ai mon poème
vingt-cinq minutes
pour poser ma bombe aux endroits stratégiques
je sais comment éviter toutes les caméras
et un jour elle explosera
et vous verrez les taches que fait le rire
sur vos chemises réglementaires

tres años de carrera
en una cadena de comida rápida muy famosa
tres años de levantarme preguntándome
cuántos reses pollos y cerdos
he matado indirectamente
veinticinco minutos de trayecto cotidiano
veinticinco minutos de piernas
veinticinco minutos haciéndome crecer piernas en la cabeza
veinticinco minutos
tiempo suficiente para parir un poema con fórceps
entonces luego podrán decirme
¡un poco de competitividad brother! ¡dale! o envejeces y te ablandas
sí, podrán hacerme sentir,
tomando mis axilas como prueba,
que se hace cada vez más difícil distinguir
el olor de reses, pollos y cerdos del holocausto ya citado
y mi yo olor corporal
eso ya no me importa, tengo mi poema
veinticinco minutos
para poner mi bomba en lugares estratégicos
yo sé cómo evitar todas las cámaras
y un día estallará
y podrán ustedes ver las manchas
que hace la risa
en sus camisas normativas

(Mon vrai boulot, Le Pédalo Ivre, 2014)

 

Mike Kasprzak


Elle a voulu que je lui explique
pourquoi
pourquoi tant de noirceur
pourquoi la perversité
pourquoi la haine
pourquoi la rage
et la solitude et la souffrance
et
je lui ai dit
quand tu descends vraiment
dans les abîmes
quand tu t’y engouffres profondément
et que ça sent
la peur la merde la douleur le chaos et le vice
quand tu te trouves
dans les boyaux des ténèbres
dans le noir le plus sale
alors
le moindre éclat
la moindre lueur
la moindre lumière
scintille
comme un soleil dansant

et c’est d’une beauté

Ella quiso que le explicara
porqué
porqué tanta oscuridad
porqué tanta perversidad
porqué el odio
porqué la rabia
porqué la soledad y el sufrimiento
y
le dije
que cuando bajas realmente
a los abismos
cuando te adentras profundamente
y que huele
a miedo a mierda a dolor a caos y vicio
cuando te encuentras
en las más profundas tinieblas
en el negro más sucio
entonces
la mínima chispa
el menor resplandor
la más pequeña luz
centella
como un sol bailando

y se ve tan bello

(Dégénérescence céleste, Editorial Unicité, 2014)

 

Pénélope Corps

3h17

Ce soir je bois un coup maman. A ma santé. Juste à la mienne. Je fête ma naissance. Pas celle que tu crois. L’autre. Et celle-là t’y es pour rien maman. J’ai fait ça toute seule. Je suis sortie du joyeux coma. Et de l’inconscience collective. J’ai dévié. Ça m’a un peu fracassé le crâne. Ça a un peu saigné. J’ai coupé ce putain de cordon. C’était pas bien propre. Ça tremblait. Maman je vais pas souffler de bougies ce coup-ci. Craché juré. Partout. Je vais boire plutôt. Boire boire boire. Jusqu’à 3h17. En attendant de m’accoucher. A voix basse. Me mettre la tête à l’envers. J’ai le droit. Je suis née à 33 ans quand même. Ça date pas d’hier. C’était inspiré quand on y pense. Et j’en ai des croix dans les mains. Et j’en ai des cicatrices sur les pieds. Et j’en manque pas de stigmates. Mais l’enfant prodigue c’est pas moi. J’ai eu une carence. J’ai jamais eu assez de couilles. Et une fille ça peut pas faire Christ. Mes histoires sont pas extraordinaires. Mes poèmes n’intéressent personne. Mes images ne parlent à personne. Je suis de trop dans chaque paysage. T’as raison. Et je suis seule. T’as raison. C’est ça l’existence. Enfin la mienne. J’ai jamais eu assez de couilles. Ni dans cette vie ni dans l’autre. Mais je suis tombée du lit. J’ai abattu quatre murs à coups de massue. J’ai musclé mes ovaires. Maman. Et depuis c’est ce que je fais de mieux. Pour rester en vie. Enfin je crois.

3h17

Esta noche tomo un trago, mamá. A mi salud. Sólo a la mía. Festejo mi nacimiento. No hablo del que crees. Hablo del otro. Y no tienes nada que ver con este, mamá. Este lo hice sola. Me escapé de un coma alegre. Y de la inconsciencia colectiva. Me desvié. Esto me destrozó un poco el cráneo. Salió un poco de sangre. Corté este maldito cordón. No fue nada limpio. Sentía temblores. Mamá, no voy a soplar velas esta vez. Te lo juro escupiendo por todas partes. Más bien voy a tomar. Tomar, tomar, tomar. Hasta las 3:17. Esperando a acostarme. En voz baja. Emborracharme. Tengo el derecho. Nací a los 33. Hace ya un tiempo. Fue algo inspirado si lo pensamos bien. De esto salí con cruces en las manos. Cicatrices en los pies. Y no me faltan estigmas. Pero no soy el hijo pródigo. Carezco de algo. Nunca he tenido los suficientes huevos. Y una mujer no puede ser el Cristo. Mis historias son ordinarias. Mis poemas no interesan a nadie. Mis imágenes no dicen nada a nadie. Estoy de sobra en cualquier paisaje. Tienes razón. Y estoy sola. Tienes razón. Así es la existencia. Por lo menos la mía. Nunca he tenido suficientes huevos. Ni en esta vida ni tampoco en la otra. Pero caí de la cama. Desmoroné cuatro muros a golpe de maza. Fortalecí mis ovarios. Mamá. Y desde entonces es lo que mejor hago. Para seguir viva. Al menos eso creo.

(J’écris pas, Editorial LIGNE 19)

 

Sammy Sapin

La vérité
Que tout le monde connaît
C’est que nous sommes parqués
Non comme des bêtes mais
Comme des hommes
Cette sale race des hommes si facile à dompter
Si simple à domestiquer
Tandis que des guépards
– prenons des guépards
un mâle, une femelle –
Ne se laissent pas faire
Quand on les place dans une cage
Ils font la grève du sexe
Ils ne se reproduisent pas
Bêtement
Ils attendent
La liberté les grands espaces
Cinquante kilomètre devant soi pour courir
Courir jusqu’à ce que la femme
S’allonge et accepte
De se faire prendre.
Nous, à genoux,
Recroquevillés
Le plafond nous tombant sur le front
Dans un vingt mètres carré
On continue à baiser

La verdad
Que todo el mundo conoce
Es que estamos acorralados
No tanto como bestias sino
Como hombres
Esta sucia raza de hombres tan fácil de domar
Tan domesticable
Mientras los leopardos
– pongamos a dos leopardos
uno macho y la otra hembra –
No se dejan
Cuando se les enjaula
Hacen la huelga de sexo
No se reproducen
tontamente
Siguen esperando la libertad
Los grandes espacios abiertos
Cincuenta kilómetros frente a sí para correr
Correr hasta que la hembra
Se acueste y acepte
Y se deje
Nosotros, de rodillas,
Acurrucados
Con el techo cayéndonos
En la cabeza
Dentro de veinte metros cuadrados
Seguimos follando

(Revista Nouveaux Délits 53, 2016)

 

Heptanes Fraxion

l’éternité et puis un trou dans le grillage

c’est ça qu’il me faut
des trucs pleins de rouille qui traînent dans la poussière et le soleil
une longue ligne droite une ville vide un endroit perdu
où mon crâne marche pieds nus entre les hangars et les silos
c’est ça qu’il me faut
un maximum d’espace
la transhumance des nuages
des milliards de ciel bleu en liquide
la masse intense et poétique
des convois exceptionnels
un beau bordel
une étrange cohérence
un pur silence
ouais c’est ça qu’il me faut
l’éternité mais pas trop
l’éternité sans la condamnation
l’éternité sans la perpétuité
l’éternité et puis un trou dans le grillage

c’est ça qu’il me faut
quelques bosquets quelques fossés
dans le bleu des bois le bleu foncé
et la lumière des indiens qui éclaire le chemin
quand il n’y a pas de lumière et quand il n’y a pas de chemin
c’est ça qu’il me faut
du pinard du fromage et du pain
une bonne branlette un geste du cosmos
une pause dans mon jour de repos
le temps d’apprendre à jongler
avec les grosses caillasses de mes pensées
que tous les petits caillots se mettent à tournoyer
que tous les petits tournois se mettent à rougeoyer
ouais c’est ça qu’il me faut
l’éternité mais pas trop
l’éternité sans la condamnation
l’éternité sans la perpétuité
l’éternité et puis un trou dans le grillage

la eternidad y luego un hoyo en la cerca

eso es lo que necesito
cosas llenas de óxido que se arrastran en el polvo y el sol
una larga línea recta una ciudad vacía un lugar perdido
donde mi cráneo camine descalzo entre hangares y silos
eso es lo que necesito
el máximo de espacio
la trashumancia de las nubes
billones de cielo azul en efectivo
la masa intensa y poética
de los transportes pesados
una juerga hermosa
una coherencia extraña
un silencio de oro
sí, es eso lo que necesito
la eternidad pero no demasiado
la eternidad sin la cadena perpetua
la eternidad y luego un hoyo en la cerca

eso es lo que necesito
algunos bosquecillos y un par de fosos
en el azul de los bosques el azul oscuro
y la luz de los Indios que ilumina el camino
cuando no hay luz y no hay camino
eso es lo que necesito
vino pan y queso
una buena paja un gesto del cosmos
una pausa en mi día de descanso
mientras aprendo a hacer malabares
con las rocas de mis pensamientos
que todos los pequeños coágulos se pongan a girar
que todos se enrojezcan en este instante
sí, es eso lo que necesito
la eternidad pero no demasiado
la eternidad sin la cadena perpetua
la eternidad y luego un hoyo en la cerca

(Muer fait mal, Editorial LIGNE 19)

 

Fuente: [http://fuegodelfuego.blogspot.mx/2017/03/poesia-francesa-actual-traducida-al.html]

Narrativa y Ensayo publica este artículo con el permiso del autor mediante una licencia de Creative Commons, respetando su libertad para publicarlo en otras fuentes.

 

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